Les sargasses : l'algue devenue un problème côtier
Chaque année, des millions de tonnes d'une algue brune flottante dérivent à travers l'Atlantique et s'échouent sur les côtes des Caraïbes et d'Afrique de l'Ouest. Cette page explique ce que sont les sargasses, d'où elles viennent, pourquoi les échouages ont augmenté depuis 2011, ce qu'ils coûtent et comment les littoraux les gèrent aujourd'hui.
Ce que sont les sargasses
Les sargasses sont un genre d'algues brunes. La plupart des espèces vivent fixées aux rochers, mais deux d'entre elles, Sargassum natans et Sargassum fluitans, passent toute leur vie à flotter en surface, portées par de petites vésicules remplies de gaz, et se reproduisent par fragmentation. Elles forment des radeaux lâches qui abritent poissons, tortues et invertébrés en pleine mer. Pendant des siècles, on les connaissait surtout dans la mer des Sargasses, cette région calme de l'Atlantique Nord qui porte leur nom.
La grande ceinture atlantique des sargasses
En 2011, les images satellitaires ont montré quelque chose de nouveau : une bande récurrente de sargasses traversant l'Atlantique tropical, des côtes d'Afrique de l'Ouest au golfe du Mexique, bien au sud de la mer des Sargasses. Les chercheurs l'ont nommée la grande ceinture atlantique des sargasses. Dans son extension de 2018, elle s'étirait sur environ 8 850 kilomètres. La quantité d'algues varie fortement d'une année à l'autre, mais la tendance depuis 2011 est à la hausse : les estimations satellitaires ont atteint 38 millions de tonnes d'algues humides au pic de juillet 2025 et environ 34 millions de tonnes en juin 2026.
Pourquoi la ceinture est apparue et pourquoi elle revient reste à l'étude. Les nutriments apportés à l'océan par les grands fleuves, par les remontées d'eaux profondes au large de l'Afrique de l'Ouest et par les poussières du Sahara nourrissent l'algue ; courants et vents la portent vers l'ouest ; la température de l'eau influe sur sa croissance. Des travaux récents indiquent que les moteurs eux-mêmes changent, du forçage physique des premières années au contrôle écologique aujourd'hui, ce qui rend la ceinture plus durable. Les bulletins mensuels de l'université de Floride du Sud la suivent depuis l'espace et donnent quelques semaines de préavis aux autorités côtières.

Ce qui se passe à l'échouage
En mer, les sargasses sont un écosystème. Sur une plage, elles sont un problème. Des amas d'un mètre de haut peuvent se former en quelques jours. En pourrissant, l'algue libère du sulfure d'hydrogène et de l'ammoniac : l'odeur d'œuf pourri atteint les habitations et les hôtels, les autorités sanitaires publient des consignes pour les riverains et les équipes de nettoyage, et les ferrures métalliques se corrodent. Sous les radeaux, les herbiers et les coraux sont étouffés, la nidification des tortues est perturbée et la petite pêche perd ses accès. Le tourisme, première ressource de beaucoup des îles touchées, souffre en premier.
Le nettoyage est lent et coûteux. L'algue est lourde d'eau et de sable, doit être ramassée en un ou deux jours avant de se décomposer, et il faut ensuite la stocker quelque part. Dans les départements français d'Amérique, l'État conduit depuis 2018 des plans sargasses dédiés pour financer la collecte, les barrages et la recherche ; des programmes comparables existent au Mexique, en République dominicaine et dans les petites îles.
Comment les littoraux les gèrent aujourd'hui
- Prévision : bulletins satellitaires et modèles de dérive annoncent les arrivages.
- Barrages : des barrages flottants détournent les radeaux des plages et des ports, avec des résultats inégaux par gros temps.
- Collecte en mer : des bateaux ramassent l'algue avant la côte, ce qui la garde plus propre et plus fraîche.
- Collecte sur la plage : engins et équipes manuelles, qui enlèvent aussi du sable et dérangent les sites de ponte.
- Stockage et élimination : épandage, enfouissement ou mise en décharge, qui déplacent le problème vers l'intérieur des terres.
- Essais de réutilisation : compost et engrais, biogaz, blocs de construction, papier et bioplastiques ont tous été testés à petite échelle. La composition les limite : sel, sable, forte fraction d'eau et métaux lourds tels que l'arsenic que l'algue capte dans l'eau de mer.
Ce que Salacia y voit
Salacia traite les sargasses comme un matériau, non comme une nuisance. Son procédé est conçu pour une biomasse marine humide, salée et variable, et il écarte sels et métaux lourds de la filière carburant dès la première étape de conversion. L'échelle est volontairement modeste face au problème : une plateforme à pleine capacité utiliserait 0,4 million de tonnes de sargasses humides par an, une fraction des 2 à 10 millions de tonnes qui, selon les modèles, s'échouent chaque année sur les côtes atlantiques et caribéennes. Le fonctionnement de la conversion est expliqué sur la page Technologie ; le chemin de l'algue du rivage à l'usine fait l'objet de la page consacrée à la chaîne d'approvisionnement.
Pour aller plus loin : Technologie Feuille de route Glossaire Contact